Les nudibranches, joyaux colorés de nos plongées
Les nudibranches — littéralement « branchies nues » — sont des mollusques gastéropodes sans coquille qui comptent parmi les animaux les plus colorés de la Méditerranée. Minuscules (de quelques millimètres à 15 cm), ils passent souvent inaperçus des plongeurs pressés. Pourtant, une fois qu'on commence à les chercher, on ne peut plus s'arrêter : chaque plongée devient une chasse au trésor.
Anatomie et classification
Les nudibranches se distinguent des autres mollusques par l'absence de coquille à l'âge adulte. Leur corps mou porte des rhinophores (tentacules sensoriels sur la tête) et, selon les espèces, des branchies externes dorsales ou des cérates (appendices allongés sur le dos). On distingue principalement :
- Les doridiens — corps ovale avec un panache branchial postérieur (ex. : doris dalmatien)
- Les éolidiens — corps allongé avec des cérates dorsaux (ex. : flabelline)
- Les dendronotacés — branchies ramifiées sur le dos (ex. : tritonia)
Les 12 nudibranches les plus courants en Méditerranée
Les stars incontournables
1. La flabelline mauve (Flabellina affinis) — C'est LE nudibranche le plus photographié de Méditerranée. Son corps violet translucide porte de longs cérates terminés de blanc. Taille : 3-5 cm. On la trouve sur les hydraires (ses proies) entre 5 et 40 mètres, sur les parois rocheuses et les gorgones.
2. Le doris dalmatien (Peltodoris atromaculata) — Grand nudibranche (jusqu'à 12 cm) jaune crème parsemé de taches brunes, rappelant un dalmatien. Il se nourrit de l'éponge Petrosia ficiformis sur laquelle on le trouve presque systématiquement. Fonds rocheux entre 10 et 40 mètres.
3. Le doris géant (Felimare picta) — Le plus grand nudibranche de Méditerranée (jusqu'à 15 cm). Corps bleu foncé bordé d'une ligne jaune vif, avec des taches jaunes sur le dos. Un véritable bijou vivant. Fonds rocheux entre 5 et 40 mètres, souvent sur les parois ombragées.
4. La flabelline rose (Edmundsella pedata) — Plus petite et plus discrète que sa cousine mauve, cette flabelline rose-orange porte des cérates courts et trapus. Taille : 2-3 cm. Sur les hydraires, entre 10 et 40 mètres.
Les élégants
5. Le doris tricolore (Felimare tricolor) — Corps bleu sombre avec trois lignes jaunes longitudinales et un bord de manteau jaune. Taille : 3-5 cm. Parois rocheuses entre 5 et 30 mètres.
6. La godive dorée (Dondice banyulensis) — Corps blanc translucide avec des cérates orange-doré. Prédateur de l'anémone encroûtante Parazoanthus axinellae. Taille : 3-7 cm. Parois ombragées entre 10 et 40 mètres.
7. Le doris cantabrique (Felimare cantabrica) — Ressemble au doris géant mais en plus petit (3-5 cm), avec un motif de lignes jaunes plus dense. Atlantique et Méditerranée occidentale.
8. La chromodoris (Felimida purpurea) — Corps violet intense avec un bord de manteau blanc. Taille : 2-4 cm. Rare mais spectaculaire. Parois rocheuses ombragées entre 15 et 40 mètres.
Les discrets
9. Le doris velouté (Dendrodoris limbata) — Corps brun-vert velouté, souvent confondu avec un morceau d'éponge. Taille : 3-6 cm. Sous les pierres et dans les anfractuosités, entre 0 et 20 mètres.
10. La thuridille (Thuridilla hopei) — Petit sacoglosse (2-3 cm) bleu-noir avec des lignes jaunes et orange. Techniquement pas un nudibranche mais souvent confondu. Sur les algues vertes en zone peu profonde (0-15 m).
11. Le doris blanc (Doris ocelligera) — Corps blanc à crème parsemé de petits ocelles bruns. Taille : 2-4 cm. Sous les pierres et les surplombs entre 5 et 30 mètres.
12. La janoline (Janolus cristatus) — Corps translucide avec des cérates en massue terminés de bleu. Taille : 3-7 cm. Sur les bryozoaires, entre 5 et 40 mètres.
Où et comment les chercher
Les habitats favorables
- Les parois rocheuses ombragées — surtout celles couvertes d'hydraires, d'éponges et de bryozoaires
- Les surplombs et entrées de grotte — les doris dalmatiens y sont fréquents
- Les gorgones — les flabellines s'y accrochent pour se nourrir d'hydraires associés
- Le dessous des pierres (en faible profondeur) — reposez toujours la pierre délicatement après observation
Technique de recherche
La chasse aux nudibranches demande de la méthode :
- Ralentissez — plongez lentement, scrutez chaque mètre carré de paroi
- Cherchez les formes insolites — les nudibranches ressortent par leur texture et leurs couleurs
- Repérez les pontes — les rubans spiralés blancs, roses ou oranges sur la roche indiquent la présence de nudibranches à proximité
- Emportez une loupe sous-marine — certaines espèces mesurent moins de 5 mm
Photographier les nudibranches
Les nudibranches sont les sujets macro par excellence : immobiles, colorés et photogéniques. Pour de bons résultats :
- Utilisez le mode macro avec un éclairage latéral
- Approchez-vous au maximum (distance de mise au point : 1-5 cm)
- Cadrez serré pour remplir le cadre
- Éclairez par le côté pour faire ressortir les textures des cérates ou des branchies
- Photographiez les rhinophores de face pour un portrait saisissant
Pour aller plus loin dans la photographie sous-marine, consultez notre guide dédié.
Documenter ses observations
Chaque observation de nudibranche enrichit la connaissance de la répartition de ces espèces. Noter l'espèce, la profondeur, le substrat et la date dans son logbook est une habitude précieuse. DeepLog propose une encyclopédie marine avec les fiches des principales espèces de nudibranches méditerranéens, facilitant l'identification et le suivi de vos observations plongée après plongée.
Les nudibranches sont aussi d'excellents indicateurs de biodiversité. Un site riche en nudibranches est généralement un site en bonne santé écologique. C'est l'une des raisons pour lesquelles les meilleurs spots de Méditerranée offrent aussi les plus belles rencontres avec ces petits joyaux.